Délais, procédure : les recours « contentieux » contre le marché public
Lorsque la concertation n’aboutit pas, la voie contentieuse est le principal levier pour annuler une procédure ou faire sanctionner une irrégularité. La justice administrative joue ici un rôle central – même si, dans les litiges d’exécution, le juge judiciaire (tribunal de commerce, prud’hommes) peut être compétent.
Recours pour les candidats évincés : le fameux « référé précontractuel »
Le référé précontractuel (article L. 551-1 du code de justice administrative) permet à toute entreprise ou association qui s’estimait légitime mais non retenue d’agir. Délai : dès la connaissance de la décision d’attribution, et avant la signature du contrat. Le juge (en principe sous 20 jours) peut suspendre ou annuler la signature si une irrégularité est avérée : publicité tronquée, cahier des charges discriminant, absence de motivation…
Quelques chiffres clés :
- En 2021, moins de 1 % des marchés publics en France ont fait l’objet d’un référé précontractuel (Conseil d’État, rapport annuel).
- Dans 43 % des cas, la justice a donné raison – partiellement ou totalement – au requérant (source : La Lettre du Sou).
Le référé contractuel : agir après la signature
Si la signature est déjà intervenue, tout n’est pas perdu. Le « référé contractuel » permet, dans certains cas limités, de demander l’annulation du contrat ou la suspension de son exécution. Délai court : 31 jours à compter de la publication de l’avis d’attribution.
Là encore, la procédure est rapide, mais son déclenchement suppose d’avoir déjà tenté un référé précontractuel, sauf exception. Ce référé a été mis en avant dans la célèbre affaire de la DSP de l’eau à Montpellier, qui a fait jurisprudence (CE, 2013, Sté Grenke Location).
Le recours en contestation de validité du contrat (« recours Tarn-et-Garonne »)
Jusqu’en 2014, seuls les concurrents directs pouvaient attaquer un marché. Le Conseil d’État a fait évoluer les choses : désormais, tout tiers « susceptible d’être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine » peut saisir le juge pour contester la validité du contrat après sa signature (CE, 4 avril 2014, Département du Tarn-et-Garonne). Cela inclut riverains, associations, entreprises locales non candidates, voire des élus d’opposition.
Et pour l’exécution du marché ? Le tribunal administratif n’est pas seul en piste
Lorsqu’une entreprise, une association ou même la collectivité elle-même s’estime victime d’un manquement à l’exécution (retards de paiement, défauts de réalisation, pénalités abusives), plusieurs recours sont possibles :
- Saisir le tribunal administratif : pour réclamer le paiement de sommes dues ou l’application d’une clause.
- Le juge judiciaire : dans certains cas bien précis (ex. marchés de travaux privés, litiges entre deux personnes privées), c’est le tribunal judiciaire ou de commerce qui doit être saisi.
- L’arbitrage : pour les marchés internationaux ou complexes, une clause d’arbitrage peut prévoir la saisine d’une juridiction ad hoc.
Fait marquant : plus d’un quart des procédures sur l’exécution concernent des retards de paiement, pourtant la loi impose un délai maximal de 30 jours pour les collectivités locales (Loi de modernisation de l’économie, 2008).